La Suisse est souvent considérée comme un des pays où il fait le plus bon vivre. Cependant – et ce malgré sa petite population – son impact environnemental est important. L’économie suisse basée sur l’importation et la concentration importante de multinationales qui possèdent leur siège dans le pays, impacte grandement la biosphère et engendrent des effets délétères.

Fin janvier 2019, la Suisse est déclarée « meilleur pays du monde » par l’institut américain « U.S News & World Report »[i]. Ce classement se base sur l’influence économique, la qualité de vie, mais aussi la puissance militaire et l’éducation. Dans la même année, il est décrété que la Suisse atteint son « Earth overshoot day »[ii] le 9 mai.  Ce jour correspond à celui où l’humanité est supposée avoir consommé l’ensemble des ressources que la planète est capable de régénérer en un an. Pour faire simple, si tous les pays vivaient comme la Suisse, il faudrait pratiquement 3 planètes pour subvenir aux besoins de chacun. Cependant, avec seulement 8.5 millions d’habitants, les Suisses ont-ils un réel impact sur le réchauffement climatique ? Pas forcément. La Suisse en revanche, oui.

Tout d’abord, qu’est-ce que le réchauffement climatique ? Il existe de multiples définitions, mais pour faire simple, il s’agit du réchauffement de l’air et des océans lié à l’augmentation des gaz à effet de serre présents dans l’atmosphère. Les causes de cette concentration accrue sont humaines, liées principalement à l’utilisation des combustibles fossiles, l’élevage du bétail ou l’exploitation des forêts tropicales. Le gaz qui a le plus d’impact est le CO₂ et les émissions viennent principalement du transport (autant marchandises que personnes), des bâtiments (construction et chauffage), de l’industrie et de l’agriculture.

En Suisse, le réchauffement climatique est prononcé. Depuis 1864, la « température annuelle moyenne a augmenté de 2° »[iii]. En 2017, un Suisse émettait 5.6 tonnes d’équivalent CO₂ (ce qui correspond aux gaz à effet de serre calculés comme si leur impact était le même que le CO₂). La moyenne mondiale étant 6 tonnes, cela semble être un chiffre tout à fait raisonnable. Seulement, la Suisse est un pays qui importe une forte quantité de ses biens. Si on prend en compte les émissions liées à l’importation, ce chiffre s’élève à 14 tonnes (état en 2015)[iv].  Un Suisse, par rapport au reste du monde, est donc un mauvais élève en termes d’impact sur le réchauffement climatique. Sachant cependant que la Suisse représente environ 0.11 % de la population mondiale, l’effet reste extrêmement faible. Peut-on dans ce cas répondre que la Suisse agit peu sur le réchauffement climatique ? Certainement pas.

La Suisse est considérée comme une place financière forte : elle abrite le siège de certaines des plus grandes multinationales du monde (par exemple Nestlé, Vale ou Novartis) et possède des banques dont l’influence internationale est colossale (par exemple UBS ou Crédit Suisse). Dans un communiqué de presse paru en septembre 2018, l’association Action de Carême affirmait que « presque une fois par mois, une multinationale suisse est impliquée à l’étranger dans des violations des droits humains ou des normes environnementales »[v]. C’est notamment à partir d’un tel constat qu’est née l’initiative « pour des multinationales responsables ». Ayant leur siège en Suisse, mais polluant à l’étranger, ces entreprises ne sont pas directement fautives, selon le droit, de leurs impacts négatifs. De ce fait, elles ne sont pas obligées de réparer les dommages environnementaux et humains qu’elles causent et ne doivent pas dédommager les dégâts qu’elles font subir dans le pays où leurs filiales secondaires sont établies. Or, mis à part cette initiative qui ne semble pas en passe d’aboutir, très peu d’efforts sont effectués afin d’inverser la tendance. La raison principale est que la plupart des multinationales possèdent un poids économique plus important que les États dans lesquels leurs filiales secondaires sont actives. Il est alors aisé de « profiter du laxisme et de la fragilité de nombre d’entre eux »[vi].

Pour prendre un exemple plus concret, examinons celui des banques suisses. En avril 2019, le quotidien Le Temps affirmait que le plus gros pollueur de Suisse était tout simplement la banque nationale (BNS)[vii]. Comment ? En investissant dans les énergies fossiles. Cependant, ces affirmations restent floues, car elles manquent de chiffres. Ils sont par contre existants pour UBS et Crédit Suisse, dénoncés par l’ONG Greenpeace. « En finançant des entreprises actives dans le domaine particulièrement sale des combustibles fossiles qualifiés d’extrêmes, ces deux banques sont responsables de l’émission de 182.9 millions de tonnes de gaz à effet de serre, au moyen de 12.3 milliards de dollars d’investissement »[viii], et ce entre 2015 et 2017.  Les émissions cumulées des citoyens Suisses pour l’année 2017 s’élèvent à 47 millions de tonnes. En comparaison des plus de 180 millions de tonnes d’équivalent CO₂ rejetées par les investissements de ces deux banques dans les énergies fossiles, ce chiffre fait pâle figure. Il est donc évident que le plus gros impact sur le réchauffement climatique de la Suisse ne vient pas de ses habitants, mais bien des entreprises ayant leur siège dans le pays.

Depuis un certain temps, le nombre d’habitants faisant un effort personnel afin de contribuer à l’atténuation du réchauffement climatique augmente. Cependant, l’impact direct des citoyens reste limité. Ce sont finalement l’économie et la politique qui opèrent les choix ayant le plus de conséquences sur l’environnement. Cela pourrait confirmer l’un des arguments le plus souvent utilisés afin de ne pas agir individuellement, le fameux « de toute façon, tout seul, je n’aurai aucun impact ». Cette manière de penser est erronée. Ce sont justement les petits choix, multipliés par un grand nombre, qui auront l’effet désiré. Avec un mouvement de masse fort, que ce soit par des votations ou sur un changement de consommation, l’économie et la politique se devront d’écouter et d’agir en conséquence. Les choix de la sphère privée impactent la sphère publique. Il faut « simplement » agir. Peu importe la taille.

Sources

[i] “Switzerland”. U.S.News [en ligne].

[ii] « Country overshoot day”, 2019. Earth overshoot day.

[iii] OFEV. Climat : en bref. admin.ch.

[iv] OFEV. Climat : en bref. admin.ch.

[v] 13.09.2018. Les entreprises suisses violent régulièrement les droits humains. actiondecareme.ch.

[vi] Longet René, 20.01.2019. Responsabiliser les multinationales, l’heure du choix. La Suisse et le monde [en ligne].

[vii] LEBON Luc, MAITRE Diane, 15.04.2019. La Bulle carbone ou comment investir dans des ressources inexploitables. Le Temps [en ligne].

[viii] Canetta Stéphane, 31.01.2019. Les grandes banques suisses financent des émissions massives de gaz à effet de serre. greenpeace.ch.

Loïc Pianaro

Loïc Pianaro

J’ai 28 ans, je suis étudiant master durabilité, j’aime le sport (pratique foot et vélo), la littérature fantastique et la bière. Je suis fan de One Piece et j’adore l’hiver.