L’engagement dans un parti écologiste: une question de liens, de temps.. (mais pas d’argent!)

L’engagement dans un parti écologiste: une question de liens, de temps.. (mais pas d’argent!)

Quand deux formes d’engagement politique se croisent : une militante d’Extinction Rebellion discute avec une membre des Jeunes Vert.e.s. Pourquoi choisir de s’engager dans un parti pour faire face au désastre écologique ?

Moi-même engagée dans Extinction Rebellion [1], je doute fortement de la capacité de la structure politique actuelle à réagir par elle-même de manière adéquate au désastre écologique. Cela m’interroge donc quand je vois des personnes de mon âge qui choisissent de s’engager chez les Jeunes Vert.e.s. J’ai cherché à connaître leurs motivations.

Voici une réponse possible, donnée par Sophie Desbiolles, 27 ans, engagée à la fois auprès des Jeunes Vert.e.s Genève en tant que coprésidente, et des Vert.e.s en tant que collaboratrice politique pour la campagne des élections fédérales d’octobre. étudiante, elle suit, comme moi le master en Fondements et pratiques de la durabilité à l’Université de Lausanne

Hedwige : Depuis combien de temps fais-tu partie des Vert.e.s ?

Sophie : Depuis une année et demie à peu près.

H : Au départ, pourquoi t’es-tu engagée chez les Jeunes Vert.e.s ?

S : J’étais militante depuis plusieurs années chez Greenpeace. Quand on a fait la campagne pour la sortie du nucléaire, je travaillais dans le comité d’initiative où il y avait aussi les Vert.e.s. J’ai donc commencé à fréquenter les gens des Verts et des Jeunes Verts. Puis, quand il y a eu les élections cantonales en 2018, j’ai été candidate sur la liste. Les Vert.e.s aiment avoir beaucoup de listes avec beaucoup de monde, parce qu’ils aiment montrer la diversité des profils. Du coup, je suis devenue automatiquement membre des Jeunes Vert.e.s.

H : Donc tu t’es retrouvée engagée un peu comme ça, par hasard ? Ou tu voulais vraiment faire partie des Vert.e.s ?

S : A force de collaborer avec eux.elles sur des événements, oui. J’ai vu que l’idée que « tous les partis politiques sont des pourris » n’était pas forcément vraie. Je n’avais pas une bonne image des politicien.ne.s(rires). Mais en les côtoyant, en étant sur le terrain et dans l’action, tu vois réellement qui sont les gens et ce qu’ils veulent.

H : Donc, tu as laissé tomber Greenpeace ?

S : Je voulais continuer les deux, parce que, quelque part, la politique ce n’est pas un but en soi, c’est vraiment un moyen, un moyen différent du militantisme associatif. Je voulais garder les deux car je trouve ça très intéressant d’être à la fois membre de la société civile et de la classe politique. Ce sont vraiment des approches différentes avec des outils différents. Mais, après comme j’ai postulé pour être coprésidente des Jeunes Verts et que j’ai été élue, j’ai dû laisser Greenpeace de côté car je n’avais pas le temps de tout faire.

H : Donc c’est vraiment pour des questions de temps que tu as laissé tomber Greenpeace, et pas parce que tu penses que la politique est plus efficace que l’associatif…

S : Non je pense qu’il faut vraiment les deux. C’est vraiment une question de temps, car j’ai aussi mes études à côté. La politique c’est lent, ça avance petit pas par petit pas. Mais il suffit qu’il y ait une majorité, une initiative qui passe, et puis tout à coup tu peux vraiment faire quelque chose. Avec le militantisme, tu as une plus grosse marge de manœuvre dans le choix des actions. Et c’est aussi important : on le voit avec les Grèves pour le climat.

H : Donc tu as l’espoir qu’il y ait un « truc » qui se passe et qui renverse la donne ?

S : J’ai l’espoir. Après est-ce que c’est réaliste, je ne sais pas. On a vu que dans les intentions de vote, les Vert.e.s ont dépassé le PDC. Après ce ne sont que des intentions de vote… Je compte aussi sur les jeunes, tous ceux qui sont nouveaux votants cette année. J’espère… Je sais que si les gens avec qui j’ai travaillé tout l’été, si c’était eux qui étaient au Parlement, si c’était Lisa Mazzone qui était au Conseil des Etats, il y aurait beaucoup plus de justice sociale, plus d’engagement écologique.

H : Mais même s’il y a plus de Vert.e.s au Parlement, il faudra de toute façon qu’ils trouvent des concertations avec les autres partis : ce sera de nouveau une politique du compromis. Or pour moi, même si c’est très important qu’il y a des compromis en politique, en écologie, il y a des compromis qu’on ne peut plus faire. Le développement durable en est un par exemple, et il semble que ça n’a pas marché. Pour toi, comment est-ce que les questions écologiques peuvent dépasser cette logique du compromis ?

S : C’est difficile. Si tu dis maintenant qu’il y a urgence et qu’il y a des choses qu’il faut imposer, tu te fais tout de suite voir comme une sorte d’écoterroriste avec des « Attention ! Ils veulent réfréner nos libertés, notre libéralisme, notre capitalisme ! » Ça fait peur à tout le monde. Tu ne peux pas aller dans ce discours-là.

H : Non effectivement, en tant que parti, non.

S : En tant que parti, tu es obligé d’essayer de trouver des compromis, des trucs qui vont pour tout le monde, et puis c’est ça, c’est la politique du petit pas. Mais aujourd’hui effectivement ça ne suffit plus. Je ne sais pas comment… Sauf si on arrive à mettre en route une véritable urgence climatique. Et puis ça tombe forcément sur la démocratie : est-ce que c’est démocratique d’avoir un Etat d’urgence climatique, de faire passer tous les sujets qui sont en lien avec le climat avant tous les autres ? Il y a un truc qui ne joue plus dans la démocratie et dans son tempo. Elle a fonctionné jusqu’à maintenant et c’était une très bonne chose. C’est très beau la démocratie, mais est-ce qu’il faut la garder au prix de… ?

H : Mais en t’engageant dans les Verts tu acceptes de jouer le jeu de la démocratie, même en reconnaissant ce que tu viens de dire.

S : Oui. Mais on a plus de liberté chez les Jeunes Vert.e.s. Comme on est jeunes et mignon.ne.s, on peut se permettre d’avoir un discours plus révolutionnaire que le parti des Vert.e.s qui sera plus « traditionnel ». Quoique, même chez les Vert.e.s, il y a un sentiment d’urgence et de ras-le-bol.

H : Et que penses-tu de mouvements comme Grève du climat ou Extinction Rebellion qui eux, décident de faire de la désobéissance civile ou d’aller protester dans la rue ?

S : Selon moi c’est nécessaire. Ce genre de mouvement est là justement pour décrouter un peu la politique qui a tendance à se complaire dans ses chemins bien tracés. C’était pareil pour le mouvement des droits civiques aux USA quand il y avait des problèmes de ségrégation raciale. C’était contraire au droit, mais ça allait dans un autre sens moral.

H : Si le rôle des mouvements sociaux, est, comme tu le dit, de “décrouter” les habitudes de la politique, comment définirais tu le rôle d’un parti comme les Vert.e.s? Autrement dit, pourquoi, selon toi, même s’il ne peut pas grand-chose au vu de la catastrophe écologique – comme nous l’avons toutes deux reconnu, la politique est lente et doit faire des compromis – le parti des Vert.e.s est nécessaire?

S : Si je schématise drastiquement, les ONG, mouvements, et autres expressions de la société civile agissent comme des radars. Proches du quotidien, des minorités et ancrés dans la réalité, ils perçoivent les mutations dans la société et l’évolution des besoins et des tendances.

Les politiques, censé.e.s être élu.e.s pour porter la voix des citoyen.ne.s – et non pour parler à la place des gens comme confondent beaucoup d’entre eux.elles – doivent entendre ces revendications et pouvoir les porter et les traduire en règles pour faire fonctionner le tout. Cela ne veut pas dire que les partis politiques ne sont pas porteurs d’idées et d’innovations. Beaucoup d’objets et de projets de loi sont proposés et amenés par les Vert.e.s à Genève. Et ce, parce qu’au sein d’un parti, il y a à la fois les élu.e.s et les membres et militant.e.s qui ne sont pas élus. Donc la dynamique décrite ci-dessus fonctionne également à l’intérieur-même du parti.

H : Et pour conclure, qu’est-ce que tu aimes dans ce que tu fais pour les Vert.e.s?

S : Ce que j’aime c’est d’être dans le flot de l’actualité. Être là où j’ai le sentiment que les choses se passent. Travailler au sein du parti durant la campagne, c’était être là à presque toutes les étapes de création d’une campagne politique. C’est rencontrer un pataquès de personnes, tous les jours. C’est créer du lien avec des personnes que je n’avais jusque-là que côtoyées rapidement. Mais c’est aussi la responsabilité que tout se passe bien face à un enjeu de taille. Même si évidemment, je n’étais jamais seule. Finalement, peu importe la tâche elle-même, ce qui compte c’est le but poursuivi.

 

[1] Extinction Rebellion est un mouvement de désobéissance civile non violente qui milite pour l’écologie. Né en Angleterre en 2018, le mouvement s’est ensuite répandu dans une dizaine de démocratie occidentales.

Hedwige Delabeye

Hedwige Delabeye

Coordinatrice

Je suis étudiante en 2e année du master en durabilité à l’Université de Lausanne. Je m’intéresse particulièrement aux enjeux politiques et sociaux liés au désastre écologique actuel et à venir. Je suis moi-même membre du mouvement de désobéissance civile Extinction Rebellion. Sinon je m’intéresse aussi à tout ce qui touche à l’édition et à la diffusion d’idées en général.

Contact

hedwige.delabeye@unil.ch