Une représentativité toute relative

Une représentativité toute relative

Le collectif Transition citoyenne Vaud souhaite attirer l’attention sur les biais de représentation au sein du Parlement suisse. Il présentera pour les élections d’octobre 2019 une liste de jeunes candidat.e.s, avec une majorité de femmes. Sa proposition fait écho à certaines questions liées à la représentativité et à la participation débattues au niveau théorique.

Les élections fédérales sont l’occasion d’élire les représentant.e.s du peuple et des cantons. La représentativité de la population suisse n’est pas garantie pour autant. Le Conseil national est ainsi composé de 68,3% d’hommes[1], alors que les hommes ne constituent que 49,6% de la population résidente permanente en Suisse[2]. Moins de 5% des parlementaires ont entre 18 et 35 ans[3], alors que la proportion de cette tranche d’âge au sein de la population est bien plus élevée[4]. Les femmes et les jeunes sont donc particulièrement sous-représenté.e.s. Ce constat est partagé par les personnes à l’origine du collectif Transition citoyenne Vaud. Pour les élections d’octobre 2019, il.elle.s proposent une liste de 19 candidat·e·s de moins de 35 ans ayant été tiré·e·s au sort, avec une majorité de femmes.

Faire émerger des propositions innovantes

L’entrée de ces citoyen.ne.s au Parlement permettrait de le rendre plus diversifié. Le collectif espère cependant surtout dénoncer les biais de représentation dans le système politique suisse. Le but de Transition citoyenne Vaud est ainsi de faire changer les mentalités : « Après des années d’une politique conservatrice exercée par des personnes aux profils très semblables, les questions sociales n’ont pas évolué et on a même laissé la situation environnementale se péjorer. Notre hypothèse est la suivante : dans ces domaines, plus de diversité permettrait de faire émerger des propositions innovantes et nouvelles, détachées de certains intérêts », explique Clémence Demay, membre du collectif. Elle dénonce aussi la professionnalisation de la politique et les difficultés pour toute une partie de la population (les femmes qui ont des enfants, les personnes ayant des emplois précaires, etc.) d’accéder au Parlement.

Représenter les intérêts des “autres” : un défi

Les discussions autour des questions de la représentation politique et de la participation ne sont pas nouvelles. Celles-ci sont néanmoins actuellement très présentes dans les réflexions théoriques. Entre autres, la pensée écologique apporte un éclairage particulier en étendant les questionnements au-delà des êtres humains et des générations actuelles. Les chercheur.euse.s qui réfléchissent à une meilleure prise en compte de l’écologie dans les institutions démocratiques font différentes propositions. Certain.e.s suggèrent des améliorations du système représentatif (p.ex. attribuer des sièges au Parlement à des représentant.e.s des non-humains ou des générations futures). Il.elle.s rencontrent cependant des difficultés majeures, notamment concernant la délimitation des groupes dont les intérêts devraient être prise en compte et le choix d’un nombre pertinent de représentant.e.s. D’autres chercheur.euse.s préfèrent miser sur une démocratie participative et délibérative ou préconisent la création d’institutions supplémentaires non représentatives avec un droit de veto (p.ex. une troisième chambre qui s’occuperait des questions portant sur le long terme). Il.elle.s sont confrontés à d’autres obstacles comme le défi de mettre en commun des avis divergents ou la nécessité de trouver le soutien de l’opinion publique[5]. La pertinence du système représentatif et la considération de divers enjeux contemporains, entre autres écologiques, soulèvent donc encore de nombreuses interrogations.

Une expérimentation pratique

Le collectif Transition citoyenne Vaud reconnaît volontiers que le sujet de la représentativité est complexe. Il n’a pas pour but d’apporter des réponses à toutes les questions. Et il ne se fait pas d’illusion : ni les processus démocratiques ni la représentation ne permettent en soi de garantir de prendre en compte tous les intérêts. Clémence Demay résume cependant l’idée du collectif ainsi : « Il y a un risque de désintérêt pour les sujets qui ne nous concernent pas. Dès lors, plus de représentativité permet de s’assurer que tous les sujets auront au moins une possibilité d’être inscrits à l’agenda politique ». La proposition pratique du collectif, expérimentée dans le contexte d’un canton suisse, a en tout cas le mérite d’attirer l’attention sur les limites de la représentation. Elle pourra, espérons-le, apporter des éléments intéressants à la réflexion et nourrir les débats en cours sur la représentativité et la démocratie.

Sources

[1] Le Parlement suisse, 21.06.2019. Parlementaires. parlament.ch.

[2] Office fédéral de la statistique, 27.08.2019. Population 2018. admin.ch.

[3] Le Parlement suisse, 21.06.2019. Parlementaires. parlament.ch.

[4] Pour donner un ordre de grandeur, dans le Canton de Vaud en 2018 les 20-39 ans représentaient 27,7% de la population totale (Statistique Vaud. Département des finances et des relations extérieures, 2018. Chiffres-clés annuels de la population, 1981-2018. scris.vd.ch)

[5] Bourg Dominique, Whiteside, Kerry H., 2015. Démocratie écologique. In : Dictionnaire de la pensée écologique. Paris : Puf.

Amélie Pochon

Amélie Pochon

Comité éditorial

Intéressée par de nombreux domaines allant des liens entre savoirs traditionnels et scientifiques à la permaculture en passant par les plantes comestibles ou encore l’écopsychologie, je m’engage dans le milieu associatif pour mettre en oeuvre des projets en lien avec la transition écologique et sociale. J’aime aussi passer du temps dans la forêt ou au bord de l’eau.